lundi 28 novembre 2016

Eighth step : Santa Marta & la Ciudad Perdida!


Yo!

Après quelques jours plutôt agréablement dépaysants à Bogotá, je me suis donc dirigé en avion (Ouaaaaais, je sais, empreinte carbone toussa... Mais bon quand le bus te coûte aussi cher et te prends 8h de plus, le choix est vite fait...) vers Santa Marta, une petite ville côtière au nord de la Colombie, qui donne sur la mer des Caraïbes. Ça pète dit comme ça non? Bah j'ai pas foutu les pieds dans l'eau. Je suis passé à côté de la plage, j'ai trouvé ça sympa sans plus, et je suis reparti. Ouais je snob la mer des Caraïbes. Thug life, kesketuve. En vrai, la ville en soi a pas beaucoup d'intérêt. Deux places plutôt jolies, un plage pas exactement propre sans être trop dégueu, quelques bâtiments/monuments sympas... Pas de quoi laquer un canard à trois pattes donc. Ah, si, UN truc, qui a fait chavirer mon petit cœur de marshmallow. Il y a un bout d'une rue, où t'as tous les restos pour touristes, donc avec des intérieurs un peu plus travaillés, et des prix un peu plus élevés que les bouis-bouis locaux. Plus rassurants aussi, certes. Et surtout, de nuit, ça devient tout mimi, ils accrochent des loupiotes en travers de la rue, y'a des musiciens, des danseurs, et tout ce beau monde fait son numéro, sous ton nez, que tu le veuille ou non. Ouais un mec qui breakdance dans une rue de 4m de large avec des tables en terrasse, tu as le droit de t'inquiéter sur la trajectoire du pied qui te passe à 20cm du pif. Le plus marrant reste tout de même le groupe de mariachi qui sérénade un couple en mode coup de pression contre un mur, alors qu'ils ont rien demandé. "ALLEZ BÂTARD ON CHANTE POUR VOUS DONNE NOUS UN POURBOIRE FAIS PAS TON CREVARD T'AFFICHE PAS TA MEUF TE REGARDE!". Pour info, le mec a pas cédé, et sa copine non plus. Cette force mentale démesurée, à sa place j'aurais probablement craché mon code de carte bleue et appelé mon banquier pour craquer mon PEL. Bref. Et dans cette charmante rue, il y a... Le Café Lulo. Ça paraît rien comme ça, mais c'est juste un endroit trop cozy, trop choupi, qui fait des des smoothies de GUE-DIN (90's kids will remember le verlant), et de la bouffe de LADE-MA (Nope, il passe pas bien celui là. C'est noté.). Franchement, j'ai adoré cet endroit, les meilleurs arepas que j'ai pu goûter de toute la Colombie. Et en plus de ça, j'y ai fait une découverte incroyable. Un truc qui a juste influencé toute la suite de mon voyage en Colombie. J'ai nommé... La Limonada de Coco! C'est une boisson fraîche, texture glace broyée au blender, avec un goût de coco et de limonade. Dis comme ça ça a l'air sympa, mais pas de quoi fouetter un chaton à neuf queue... Sauf qu'en vrai, c'est frais, désaltérant, doux, et un peu acidulé pour te réveiller. Un peu comme une brise fraîche du matin qui te caresse le corps après une nuit dans un lit moite de sueur... Oui, je suis devenu poète en Colombie. De toutes façons j'ai récupéré la recette, alors si t'es mon ami(e) et que t'as un blender, y'a moyen que tu sois mon cobaye! Et non, l'aspect café hipster du Café Lulo n'a absolument rien à voir avec mon engouement pour lui. Ne commençons pas à semer la graine de la médisance, restons civils.







Je suis resté à Santa Marta du 26 Octobre au 3 Novembre, sachant que cette ville est surtout prisée pour les treks qu'on peut y faire. Tayrona Park, un "trek" en bateau d'une journée, pour voir de belles plages dans la Sierra Nevada (Je l'avais envisagée, mais au final ça ne s'est pas fait). Mais surtout, la randonnée de la Ciudad Perdida, la Cité Perdue, ou comment passer 4j à crapahuter dans la jungle, en territoire indigène, pour visiter les ruines d'une cité abandonnée. Rien qu'avec le nom à la Indidana Jones, j'ai signé direct. 4j à galérer, crado, dans l'humidité et la chaleur constante de la jungle, à traverser des rivières à l'arrache et jamais vraiment à sec, à s'empêtrer et glisser dans des pentes boueuses, à traverser des petites cascades via une corniche de rochers trempés à 20m de hauteur... Franchement, qui dirait non à un pitch pareil? Pas moi en tout cas. Sauf que voilà. Ça c'était dans le meilleur des cas. Et comme j'aime le challenge/comme karma is a bitch, bien sûr, ça s'est pas passé aussi simplement, loin de là...

Le principe est simple. Premier jour à 9h du mat, on trace en jeep vers la Sierra Nevada pendant 3h. On arrive à El Mamey (aussi appelé Machete, parce-qu'à une époque tout le village s'est mis sur la gueule à coups de machette...), on y déjeune, puis on part pour 8km à pied en guise d'échauffement, soit 3-4h, pour arriver au premier camp et y passer la nuit. Lendemain, réveil à 5h, et on tabasse de la bouillasse et de la caillasse toute la journée. On déjeune au second camp où on peut faire trempette dans le fleuve, et on passe la nuit dans le troisième camp, pour un total de 16km. Troisième jour, rebelote, réveil à 5h. Une petite heure de crapahutage, et on grimpe les 1200 "marches" vers la Ciudad Perdida, qu'on explore pendant une heure ou deux, et on attaque pour retourner vers le second camp, où on passera la nuit. Le dernier jour sera donc un retour du second camp vers El Mamey. Pour ceux qui ont suivi, ça fait plus de 50km en 4j, avec le dénivelé qui va bien. Heureusement qu'on était pas en altitude... Voilà, ça c'était l'aspect logistique.

Maintenant, le vécu. Je commence par quoi? La partie chouette ou la moins chouette? Allez, on arrête le suspens, on va attaquer le truc pas coule en premier, histoire de terminer sur une note positive! (VOUS AVEZ VU CA COMME J'AI CHANGE ON POURRAIT CROIRE QUE JE RÂLE MOINS!!!)

Pour commencer, petit warning... Sans être cru, quelques détails sont un peu crados, et je sais que certains ici sont un peu chochotte (je ne cite personne, vous vous reconnaitrez - psychologie inverse inside). A toi de voir cher lecteur si tu te sens de continuer. Sinon, saute ce paragraphe... Braif. Le fait est que le trek avait très bien commencé. Le premier jour, je marchais bien, je sautais partout, j'ai fini la journée crado, mais content. Une douche froide, j'enfile le seul set de fringues jalousement gardé propre et au sec que je vais avoir pendant l'intégralité du trajet, je dîne joyeusement, je discute et joue aux dés avec des potes faits en chemin, et dodo en prévision de la deuxième journée qui s'avère plus corsée, puisqu'on attaque le vif du sujet. Il est 21h. A 22h, je me réveille. "Ouh. Le dîner passe pas hyper bien... Arf, le poisson devait pas être ouf... Bah, ça reste gérable, ça va passer..." 23h : "Bordel ça me saoule, j'ai vraiment mal au bide... Raaah allez, vivement que ça passe, faut que je dorme..." C'est bon? Vous commencez à voir venir le truc? Bien. Parce-que moi à ce moment là, pas encore. Je pensais avoir mal, c'était sans savoir ce qui m'attendait. J'ai jamais vraiment été sujet aux maux de ventre, mon corps sortait ce qui le contrariait d'une manière ou d'une autre et on en parlait plus. Et bien disons qu'après ça, je me moquerai plus jamais des gens qui ont "mal au bide". Un peu après 23h, ça a été la débandade. Grosso modo (non, je ne dirais pas grosso merdo...), j'ai alterné jusque 2h du mat trois positions : replié sur moi-même à trembler/convulser de douleur, à genou dans l'herbe à vomir mes tripes (quand il y avait encore de quoi vomir, sinon c'était juste les convulsions à vide, j'ai kiffay), ou dans les chiottes lugubres non éclairées et remplies d'insectes avec ma lampe frontale. Hahaha, ouais, j'ai eu la chiasse, hahaha, c'est drôle hin? Non. Pas cette fois. Pour rester un peu poli, je vais dire que j'ai jamais autant perdu d'eau aussi vite de ma vie. Ça m'était jamais arrivé donc je savais pas à quoi m'attendre, mais c'était à un tel point que je me demandais comment c'était physiquement possible. J'ai sérieusement commencé à envisager un retour express en direction d'un hôpital. C'est pas exactement le genre de trucs qu'on veut avoir à gérer en plein milieu de la jungle... Heureusement pour moi, au bout d'un moment, certaines personnes se sont réveillées, et ont essayé de m'aider avec les moyens du bord. Après plusieurs tentatives de médocs qui ont fini sur la pelouse (Non mais c'est bon je vais pas te faire un dessin non plus...), j'ai réussi à me rendormir, aux alentours de 2h du mat...

Curieusement, après la nuit que je venais de passer, le réveil a pas été si difficile que ça. Bien sûr, j'avais les boyaux en vrac, je me sentais pas bien, mais j'étais encore présent, en mesure de gérer. Je décide alors de poursuivre. Normalement ça devrait aller! Et puis, je me sens un peu patraque, mais en mangeant à nouveau, et avec une vraie nuit de sommeil... Je vais galérer un peu, mais ça va le faire! Et effectivement, la deuxième journée s'est passée sans incident majeur. J'ai lutté, j'étais pas bien, et j'ai survécu à base de coca et de gatorade, avec en bonus un demi bol de bouillon de légume au déjeuner, et 8 bouchées de riz blanc au dîner (J'ai compté...). Je me couche tôt, et hop, on avance au réveil du troisième jour... A 1h du mat. Réveil en sursaut, et je remercie mon côté parano/control freak, qui m'a fait prendre le lit le plus proche de la sortie, parce-que je finis à nouveau à genou dans la pelouse (clap clap - ou palc palc?)... Sauf que cette fois ce sera tout, et je peux finir ma nuit. Au début du troisième jour, j'ai vraiment commencé à galérer. Les gens pouvaient plus rien pour moi à part compatir (Ah, si, le proprio du troisième camp me propose un remède miracle... Qui se révèle être un quart de bière avec une pastille d'alka-seltzer dedans... WTF DUDE? Dire que j'ai bu ce truc, j'étais vraiment pas dans mon état normal...), mais j'ai voulu persévérer. Après tout, j'étais au pied de la cité perdue, j'allais pas renoncer maintenant! Mais voilà, malgré toute ma volonté, mon corps commençait à être vraiment HS, et me le faisait comprendre. J'avais dépassé la simple fatigue, et je tirais très clairement sur la corde. J'ai survécu à la journée encore une fois à base de liquides sucrés, et je me suis risqué à quelques bouchées de lentilles au dîner. Que par miracle j'ai gardé! Et là on attaque le quatrième et dernier jour... Qui a été le pire. Et de loin. En gros, on accumule les états des jours précédents, et on y rajoute nausées et vertiges (Sympa dans des conditions où l'équilibre est primordial...), et l'incapacité d'ingérer un liquide sans avoir la gerbe. Franchement, je me demande comment j'y ai survécu. Il y a tellement de moments où j'aurais pu faire une mauvaise chute, glisser, ou plus simplement tomber dans les vapes (N'oublions pas qu'on est dans une jungle tropicale...). Entre l'épuisement, la déshydratation, la malnutrition, et les conditions naturelles... Ca aura vraiment été une épreuve qui m'aura physiquement et mentalement poussé dans mes retranchements. Et a posteriori, je suis encore assez surpris qu'il ne me soit rien arrivé de plus grave...

Voilà dans les grandes lignes ce qu'il s'est passé. Oui, maintenant j'en parle en rigolant, mais sur le coup, y'a pas mal de moments où j'étais loin, très loin du moindre sourire. Et oui, j'aurais pu suivre mes habitudes et minimiser ce qu'il m'arrive avec des blagues, en mode "Hahaha ouais c'était un peu chaud, j'avoue j'ai pas mal galéré, j'étais un peu dans la merde... Pun intended. Ha. Ha. Ha." et c'est sûrement ce que je ferai une fois rentré. Mais pas cette fois. Pas ici. Je veux me souvenir de ce que j'ai traversé. Est-ce que j'en suis fier? Je sais pas. Peut-être? Certains ont fini le trek sur une mule. Mais pas moi. Je l'ai fait, jusqu'au bout, envers et contre tout. Et je veux me souvenir de cette épreuve que j'ai surmonté comme je l'ai vécue, et pas comme je vais la raconter.

Bref! J'en ai chié! (Ha. Ha. Ha.) Mais ce trek est vraiment génial, et je le recommande à tous les amoureux de la nature et d'aventure. Il faut juste être préparé à quelques désagréments, comme être vraiment dégueu à partir de 10min de marche, gérer les moustiques (un mois après j'ai encore les mollets constellés de cicatrices...), se lever hyper tôt pour enfiler des fringues humides... Les classiques pour la jungle! Et sérieusement, j'ai adoré cette expérience. Pour commencer, les paysages sont incroyables. D'un petit chemin de balade sur une crête de colline ou à flanc de montagne, tu passes à une jungle touffue où le ciel n'existe plus, avant de déboucher sur une clairière d'herbe haute à perte de vue, pour redescendre longer sur une corniche en hauteur une rivière de rapides, puis sautiller entre les rochers et les mini cascades pour traverser ses indénombrables affluents... Et les vues dégagées, où les nuages dévalent les flancs de montagnes, pour se réfugier et mourir dans une vallée en contrebas, la jungle à perte de vue, les lumières et les couleurs de l'aube lorsque la nature s'éveille... Sans oublier bien sûr la Ciudad Perdida. C'est justes quelques ruines, quelques cailloux agencés ici et là... Mais quel sentiment de satisfaction, d'accomplissement... Au delà des vues, juste le trek en soi était kiffant. Crapahuter dans la bouillasse en montée comme en descente, sautiller d'un point à peu près stable à l'autre pour garder l'équilibre, se demander quel chemin de rocher emprunter pour se mouiller le moins possible en traversant la rivière (ET CE BÂTARD DE ROCHER AU MILIEU QUI BOUGE SEULEMENT QUAND TU DECIDES DE METTRE TON POIDS DESSUS, JE TE MAUDIS SUR 5 GENERATIONS SALE CAILLOU DE MERDE!), se coller contre la paroi pour garder l'équilibre sur une corniche trempée par une petite cascade, traverser des ponts suspendus ou des ponts de fortune, déchausser pour traverser le fleuve à pied ("Vous inquiétez pas, c'est jusque mi-cuisse, max." "... Bon en gros je risque d'avoir froid aux bijous quoi...")... En bonus, on rencontre des indigènes! Indigènes un peu spé qd même. Ils ont pris l'habitude de demander des trucs comme si ça leur était dû. C'est un peu bizarre lorsqu'une mamie s'avance vers toi, le visage fermé, te dit un truc, et quelqu'un à côté t'explique qu'elle veut (Non, elle demande pas, elle veut...) de l'aspirine. Et moi comme une victime je lui donne sans hésiter (cf. l'épisode des mariachis...) et elle repart, sans un merci ou un regard. Limite j'étais à deux doigts de lâcher un "Merci, au revoir" par réflexe tellement elle était confiante dans sa démarche... Mais bon, on nique leur habitat et ils vivent dans des conditions de merde, donc ça va, je m'en remettrai...









Suite à ce trek, je suis rentré à Santa Marta pour me reposer et me remettre d'aplomb 2-3j avant d'attaquer la suite - et repasser par mon Café Lulo chéri avant de partir. C'était épuisant, et pour quelqu'un de mon gabari, perdre 3kg de cette façon là, ça revient presque à me couper un membre (JE VOUS LAISSE DEVINER LEQUEL??? #blaguebeaufdujour). Mais en même temps, si on met de côté ma mésaventure gastrique, c'est ce genre d'expérience qu'on cherche quand on part en voyage et en vadrouille comme ça non? En ce qui me concerne, ouais, je signe sans hésiter. Bref, ces quelques jours ont vraiment été exceptionnels sur bien des aspects, et les mots ou les photos ne rendent pas justice à ce que j'ai vécu. Mais in fine, j'ai kiffay. Vivement la suite.

Next step, Carthagène...

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