lundi 28 novembre 2016

Eighth step : Santa Marta & la Ciudad Perdida!


Yo!

Après quelques jours plutôt agréablement dépaysants à Bogotá, je me suis donc dirigé en avion (Ouaaaaais, je sais, empreinte carbone toussa... Mais bon quand le bus te coûte aussi cher et te prends 8h de plus, le choix est vite fait...) vers Santa Marta, une petite ville côtière au nord de la Colombie, qui donne sur la mer des Caraïbes. Ça pète dit comme ça non? Bah j'ai pas foutu les pieds dans l'eau. Je suis passé à côté de la plage, j'ai trouvé ça sympa sans plus, et je suis reparti. Ouais je snob la mer des Caraïbes. Thug life, kesketuve. En vrai, la ville en soi a pas beaucoup d'intérêt. Deux places plutôt jolies, un plage pas exactement propre sans être trop dégueu, quelques bâtiments/monuments sympas... Pas de quoi laquer un canard à trois pattes donc. Ah, si, UN truc, qui a fait chavirer mon petit cœur de marshmallow. Il y a un bout d'une rue, où t'as tous les restos pour touristes, donc avec des intérieurs un peu plus travaillés, et des prix un peu plus élevés que les bouis-bouis locaux. Plus rassurants aussi, certes. Et surtout, de nuit, ça devient tout mimi, ils accrochent des loupiotes en travers de la rue, y'a des musiciens, des danseurs, et tout ce beau monde fait son numéro, sous ton nez, que tu le veuille ou non. Ouais un mec qui breakdance dans une rue de 4m de large avec des tables en terrasse, tu as le droit de t'inquiéter sur la trajectoire du pied qui te passe à 20cm du pif. Le plus marrant reste tout de même le groupe de mariachi qui sérénade un couple en mode coup de pression contre un mur, alors qu'ils ont rien demandé. "ALLEZ BÂTARD ON CHANTE POUR VOUS DONNE NOUS UN POURBOIRE FAIS PAS TON CREVARD T'AFFICHE PAS TA MEUF TE REGARDE!". Pour info, le mec a pas cédé, et sa copine non plus. Cette force mentale démesurée, à sa place j'aurais probablement craché mon code de carte bleue et appelé mon banquier pour craquer mon PEL. Bref. Et dans cette charmante rue, il y a... Le Café Lulo. Ça paraît rien comme ça, mais c'est juste un endroit trop cozy, trop choupi, qui fait des des smoothies de GUE-DIN (90's kids will remember le verlant), et de la bouffe de LADE-MA (Nope, il passe pas bien celui là. C'est noté.). Franchement, j'ai adoré cet endroit, les meilleurs arepas que j'ai pu goûter de toute la Colombie. Et en plus de ça, j'y ai fait une découverte incroyable. Un truc qui a juste influencé toute la suite de mon voyage en Colombie. J'ai nommé... La Limonada de Coco! C'est une boisson fraîche, texture glace broyée au blender, avec un goût de coco et de limonade. Dis comme ça ça a l'air sympa, mais pas de quoi fouetter un chaton à neuf queue... Sauf qu'en vrai, c'est frais, désaltérant, doux, et un peu acidulé pour te réveiller. Un peu comme une brise fraîche du matin qui te caresse le corps après une nuit dans un lit moite de sueur... Oui, je suis devenu poète en Colombie. De toutes façons j'ai récupéré la recette, alors si t'es mon ami(e) et que t'as un blender, y'a moyen que tu sois mon cobaye! Et non, l'aspect café hipster du Café Lulo n'a absolument rien à voir avec mon engouement pour lui. Ne commençons pas à semer la graine de la médisance, restons civils.







Je suis resté à Santa Marta du 26 Octobre au 3 Novembre, sachant que cette ville est surtout prisée pour les treks qu'on peut y faire. Tayrona Park, un "trek" en bateau d'une journée, pour voir de belles plages dans la Sierra Nevada (Je l'avais envisagée, mais au final ça ne s'est pas fait). Mais surtout, la randonnée de la Ciudad Perdida, la Cité Perdue, ou comment passer 4j à crapahuter dans la jungle, en territoire indigène, pour visiter les ruines d'une cité abandonnée. Rien qu'avec le nom à la Indidana Jones, j'ai signé direct. 4j à galérer, crado, dans l'humidité et la chaleur constante de la jungle, à traverser des rivières à l'arrache et jamais vraiment à sec, à s'empêtrer et glisser dans des pentes boueuses, à traverser des petites cascades via une corniche de rochers trempés à 20m de hauteur... Franchement, qui dirait non à un pitch pareil? Pas moi en tout cas. Sauf que voilà. Ça c'était dans le meilleur des cas. Et comme j'aime le challenge/comme karma is a bitch, bien sûr, ça s'est pas passé aussi simplement, loin de là...

Le principe est simple. Premier jour à 9h du mat, on trace en jeep vers la Sierra Nevada pendant 3h. On arrive à El Mamey (aussi appelé Machete, parce-qu'à une époque tout le village s'est mis sur la gueule à coups de machette...), on y déjeune, puis on part pour 8km à pied en guise d'échauffement, soit 3-4h, pour arriver au premier camp et y passer la nuit. Lendemain, réveil à 5h, et on tabasse de la bouillasse et de la caillasse toute la journée. On déjeune au second camp où on peut faire trempette dans le fleuve, et on passe la nuit dans le troisième camp, pour un total de 16km. Troisième jour, rebelote, réveil à 5h. Une petite heure de crapahutage, et on grimpe les 1200 "marches" vers la Ciudad Perdida, qu'on explore pendant une heure ou deux, et on attaque pour retourner vers le second camp, où on passera la nuit. Le dernier jour sera donc un retour du second camp vers El Mamey. Pour ceux qui ont suivi, ça fait plus de 50km en 4j, avec le dénivelé qui va bien. Heureusement qu'on était pas en altitude... Voilà, ça c'était l'aspect logistique.

Maintenant, le vécu. Je commence par quoi? La partie chouette ou la moins chouette? Allez, on arrête le suspens, on va attaquer le truc pas coule en premier, histoire de terminer sur une note positive! (VOUS AVEZ VU CA COMME J'AI CHANGE ON POURRAIT CROIRE QUE JE RÂLE MOINS!!!)

Pour commencer, petit warning... Sans être cru, quelques détails sont un peu crados, et je sais que certains ici sont un peu chochotte (je ne cite personne, vous vous reconnaitrez - psychologie inverse inside). A toi de voir cher lecteur si tu te sens de continuer. Sinon, saute ce paragraphe... Braif. Le fait est que le trek avait très bien commencé. Le premier jour, je marchais bien, je sautais partout, j'ai fini la journée crado, mais content. Une douche froide, j'enfile le seul set de fringues jalousement gardé propre et au sec que je vais avoir pendant l'intégralité du trajet, je dîne joyeusement, je discute et joue aux dés avec des potes faits en chemin, et dodo en prévision de la deuxième journée qui s'avère plus corsée, puisqu'on attaque le vif du sujet. Il est 21h. A 22h, je me réveille. "Ouh. Le dîner passe pas hyper bien... Arf, le poisson devait pas être ouf... Bah, ça reste gérable, ça va passer..." 23h : "Bordel ça me saoule, j'ai vraiment mal au bide... Raaah allez, vivement que ça passe, faut que je dorme..." C'est bon? Vous commencez à voir venir le truc? Bien. Parce-que moi à ce moment là, pas encore. Je pensais avoir mal, c'était sans savoir ce qui m'attendait. J'ai jamais vraiment été sujet aux maux de ventre, mon corps sortait ce qui le contrariait d'une manière ou d'une autre et on en parlait plus. Et bien disons qu'après ça, je me moquerai plus jamais des gens qui ont "mal au bide". Un peu après 23h, ça a été la débandade. Grosso modo (non, je ne dirais pas grosso merdo...), j'ai alterné jusque 2h du mat trois positions : replié sur moi-même à trembler/convulser de douleur, à genou dans l'herbe à vomir mes tripes (quand il y avait encore de quoi vomir, sinon c'était juste les convulsions à vide, j'ai kiffay), ou dans les chiottes lugubres non éclairées et remplies d'insectes avec ma lampe frontale. Hahaha, ouais, j'ai eu la chiasse, hahaha, c'est drôle hin? Non. Pas cette fois. Pour rester un peu poli, je vais dire que j'ai jamais autant perdu d'eau aussi vite de ma vie. Ça m'était jamais arrivé donc je savais pas à quoi m'attendre, mais c'était à un tel point que je me demandais comment c'était physiquement possible. J'ai sérieusement commencé à envisager un retour express en direction d'un hôpital. C'est pas exactement le genre de trucs qu'on veut avoir à gérer en plein milieu de la jungle... Heureusement pour moi, au bout d'un moment, certaines personnes se sont réveillées, et ont essayé de m'aider avec les moyens du bord. Après plusieurs tentatives de médocs qui ont fini sur la pelouse (Non mais c'est bon je vais pas te faire un dessin non plus...), j'ai réussi à me rendormir, aux alentours de 2h du mat...

Curieusement, après la nuit que je venais de passer, le réveil a pas été si difficile que ça. Bien sûr, j'avais les boyaux en vrac, je me sentais pas bien, mais j'étais encore présent, en mesure de gérer. Je décide alors de poursuivre. Normalement ça devrait aller! Et puis, je me sens un peu patraque, mais en mangeant à nouveau, et avec une vraie nuit de sommeil... Je vais galérer un peu, mais ça va le faire! Et effectivement, la deuxième journée s'est passée sans incident majeur. J'ai lutté, j'étais pas bien, et j'ai survécu à base de coca et de gatorade, avec en bonus un demi bol de bouillon de légume au déjeuner, et 8 bouchées de riz blanc au dîner (J'ai compté...). Je me couche tôt, et hop, on avance au réveil du troisième jour... A 1h du mat. Réveil en sursaut, et je remercie mon côté parano/control freak, qui m'a fait prendre le lit le plus proche de la sortie, parce-que je finis à nouveau à genou dans la pelouse (clap clap - ou palc palc?)... Sauf que cette fois ce sera tout, et je peux finir ma nuit. Au début du troisième jour, j'ai vraiment commencé à galérer. Les gens pouvaient plus rien pour moi à part compatir (Ah, si, le proprio du troisième camp me propose un remède miracle... Qui se révèle être un quart de bière avec une pastille d'alka-seltzer dedans... WTF DUDE? Dire que j'ai bu ce truc, j'étais vraiment pas dans mon état normal...), mais j'ai voulu persévérer. Après tout, j'étais au pied de la cité perdue, j'allais pas renoncer maintenant! Mais voilà, malgré toute ma volonté, mon corps commençait à être vraiment HS, et me le faisait comprendre. J'avais dépassé la simple fatigue, et je tirais très clairement sur la corde. J'ai survécu à la journée encore une fois à base de liquides sucrés, et je me suis risqué à quelques bouchées de lentilles au dîner. Que par miracle j'ai gardé! Et là on attaque le quatrième et dernier jour... Qui a été le pire. Et de loin. En gros, on accumule les états des jours précédents, et on y rajoute nausées et vertiges (Sympa dans des conditions où l'équilibre est primordial...), et l'incapacité d'ingérer un liquide sans avoir la gerbe. Franchement, je me demande comment j'y ai survécu. Il y a tellement de moments où j'aurais pu faire une mauvaise chute, glisser, ou plus simplement tomber dans les vapes (N'oublions pas qu'on est dans une jungle tropicale...). Entre l'épuisement, la déshydratation, la malnutrition, et les conditions naturelles... Ca aura vraiment été une épreuve qui m'aura physiquement et mentalement poussé dans mes retranchements. Et a posteriori, je suis encore assez surpris qu'il ne me soit rien arrivé de plus grave...

Voilà dans les grandes lignes ce qu'il s'est passé. Oui, maintenant j'en parle en rigolant, mais sur le coup, y'a pas mal de moments où j'étais loin, très loin du moindre sourire. Et oui, j'aurais pu suivre mes habitudes et minimiser ce qu'il m'arrive avec des blagues, en mode "Hahaha ouais c'était un peu chaud, j'avoue j'ai pas mal galéré, j'étais un peu dans la merde... Pun intended. Ha. Ha. Ha." et c'est sûrement ce que je ferai une fois rentré. Mais pas cette fois. Pas ici. Je veux me souvenir de ce que j'ai traversé. Est-ce que j'en suis fier? Je sais pas. Peut-être? Certains ont fini le trek sur une mule. Mais pas moi. Je l'ai fait, jusqu'au bout, envers et contre tout. Et je veux me souvenir de cette épreuve que j'ai surmonté comme je l'ai vécue, et pas comme je vais la raconter.

Bref! J'en ai chié! (Ha. Ha. Ha.) Mais ce trek est vraiment génial, et je le recommande à tous les amoureux de la nature et d'aventure. Il faut juste être préparé à quelques désagréments, comme être vraiment dégueu à partir de 10min de marche, gérer les moustiques (un mois après j'ai encore les mollets constellés de cicatrices...), se lever hyper tôt pour enfiler des fringues humides... Les classiques pour la jungle! Et sérieusement, j'ai adoré cette expérience. Pour commencer, les paysages sont incroyables. D'un petit chemin de balade sur une crête de colline ou à flanc de montagne, tu passes à une jungle touffue où le ciel n'existe plus, avant de déboucher sur une clairière d'herbe haute à perte de vue, pour redescendre longer sur une corniche en hauteur une rivière de rapides, puis sautiller entre les rochers et les mini cascades pour traverser ses indénombrables affluents... Et les vues dégagées, où les nuages dévalent les flancs de montagnes, pour se réfugier et mourir dans une vallée en contrebas, la jungle à perte de vue, les lumières et les couleurs de l'aube lorsque la nature s'éveille... Sans oublier bien sûr la Ciudad Perdida. C'est justes quelques ruines, quelques cailloux agencés ici et là... Mais quel sentiment de satisfaction, d'accomplissement... Au delà des vues, juste le trek en soi était kiffant. Crapahuter dans la bouillasse en montée comme en descente, sautiller d'un point à peu près stable à l'autre pour garder l'équilibre, se demander quel chemin de rocher emprunter pour se mouiller le moins possible en traversant la rivière (ET CE BÂTARD DE ROCHER AU MILIEU QUI BOUGE SEULEMENT QUAND TU DECIDES DE METTRE TON POIDS DESSUS, JE TE MAUDIS SUR 5 GENERATIONS SALE CAILLOU DE MERDE!), se coller contre la paroi pour garder l'équilibre sur une corniche trempée par une petite cascade, traverser des ponts suspendus ou des ponts de fortune, déchausser pour traverser le fleuve à pied ("Vous inquiétez pas, c'est jusque mi-cuisse, max." "... Bon en gros je risque d'avoir froid aux bijous quoi...")... En bonus, on rencontre des indigènes! Indigènes un peu spé qd même. Ils ont pris l'habitude de demander des trucs comme si ça leur était dû. C'est un peu bizarre lorsqu'une mamie s'avance vers toi, le visage fermé, te dit un truc, et quelqu'un à côté t'explique qu'elle veut (Non, elle demande pas, elle veut...) de l'aspirine. Et moi comme une victime je lui donne sans hésiter (cf. l'épisode des mariachis...) et elle repart, sans un merci ou un regard. Limite j'étais à deux doigts de lâcher un "Merci, au revoir" par réflexe tellement elle était confiante dans sa démarche... Mais bon, on nique leur habitat et ils vivent dans des conditions de merde, donc ça va, je m'en remettrai...









Suite à ce trek, je suis rentré à Santa Marta pour me reposer et me remettre d'aplomb 2-3j avant d'attaquer la suite - et repasser par mon Café Lulo chéri avant de partir. C'était épuisant, et pour quelqu'un de mon gabari, perdre 3kg de cette façon là, ça revient presque à me couper un membre (JE VOUS LAISSE DEVINER LEQUEL??? #blaguebeaufdujour). Mais en même temps, si on met de côté ma mésaventure gastrique, c'est ce genre d'expérience qu'on cherche quand on part en voyage et en vadrouille comme ça non? En ce qui me concerne, ouais, je signe sans hésiter. Bref, ces quelques jours ont vraiment été exceptionnels sur bien des aspects, et les mots ou les photos ne rendent pas justice à ce que j'ai vécu. Mais in fine, j'ai kiffay. Vivement la suite.

Next step, Carthagène...

mercredi 23 novembre 2016

Seventh step : Bogotá!


Yo!


Ah, Bogotá. Ça y est. L'Amérique du Sud. Ses contrées lointaines et ses promesses d'aventures. La Colombie, et tout ce qu'elle suggère... Mes premiers pas en tant que voyageur solitaire. Le grand grand saut, par opposition au petit grand saut, pour ceux qui suivent (ou peut-être était-ce le grand petit saut? AHA PIÈGE!). La fin du début. Le début de la fin. Bref. L'étape que je considère comme étant le véritable début de mon voyage.

Je quitte donc New-York le 20 Octobre, la tête pleine de souvenirs et le cœur plein d'émotions, pour un vol vers Bogotá avec escale à Fort Lauderdale. Et ouais. Je suis comme ça moi. Escale à Miami, keskya. Bon, en vrai, y'a quand même plus fun que de passer une nuit à errer dans un aéroport vide... Mais passons. J'arrive donc à destination le 21 (à une vache près hin, c'est pas une science exacte...) avec très peu de sommeil, et un début de stress. Et oui, mine de rien, entre ceux qui disent que la Colombie est un paradis sur terre, et ceux qui t'expliquent que c'est un pays de sauvages où le moindre bambin est blindé à la coke et prêt à t'égorger pour 50 pesos, je dois dire que je savais plus trop quoi penser. Mais envers et contre tout, armé de mon mental d'acier et de ma volonté de fer, je me suis forgé un chemin au sein de l'inconnu (Tu l'as? Pas mal hin?). Etant parano du taxi qui va t'amener dans une ruelle sombre pour te voler un rein, je me renseigne à l'aéroport pour faire le trajet vers mon auberge en transport en commun. Et en fait bah... Les gens sont coules. On me détaille le trajet, on est patient avec mon espaglais (espagnol + anglais, typique du gringo fraîchement débarqué), certaines personnes me demandent spontanément si j'ai besoin d'aide quand je cherche un peu mon chemin dans la rue... Bref, globalement, ça se passe bien. A un détail près : le colombien moyen est juste incapable de fournir un renseignement, ou une direction de manière claire et correcte. C'est un peu comme un jeu de piste en fait. Tu avances par mini étape, et à chaque fois tu re-demandes ton chemin pour confirmer que tu es dans la bonne direction, sinon tu ajustes. Sauf que les indices te parlent en espagnol très vite et parfois te racontent de la merde. Au final, j'arrive sans encombre à l'auberge Bellavista, quartier de la Candelaria, où je vais rester jusqu'à mon départ le 26 Octobre au matin.

En arrivant à Bogotá, je m'attendais à une ville d'Amérique du Sud, avec la chaleur qui va bien, le soleil radieux, les tongs en permanence, les cocktails sur la plage et les créatures de rêves qui se pavanent en maillot de bain... Sauf que j'ai oublié deux détails. Deux détails de taille. Pour commencer, la réalité, c'est souvent décevant. Et ensuite, l'altitude. Bawé, on est juste à un peu plus de 2500m en fait. Première réalisation : qd il fait soleil, tu crèves de chaud/tu crames, et dés qu'un nuage passe, tu te les pèles, sans parler du fait que le soir, tu te les re-pèles. Second choc : sentir ton cœur s'emballer quand tu montes une petite côte ridicule. Après ça tu évites de sortir la phrase "oh si ça va je suis assez sportif" pendant un certain temps. En conséquence, on apprend à se balader à un rythme tranquilo comme on dit par ici, du moins les premiers jours. En parlant de balade, se repérer est simple et compliqué à la fois. "Mais comment donc un tel paradoxe est-il possible??" t'écrieras-tu, jeune jouvenceau (ou jouvencelle, je suis pas sexiste) plein(e) d'entrain que tu es! Et bien, laisse moi t'expliquer... Les rues utilisent globalement le système de quadrillage nord américain. Elles sont donc numérotées, du nord au sud, et d'est en ouest par exemple. Ça c'est le côté simple. Le côté obscur de la force? Dans une direction on appelle ça calle, et dans une autre on appelle ça carrera. Les deux veulent dire rue ou avenue. Du coup c'est peut-être juste moi, mais j'ai passé mon temps à confondre les deux, c'était assez joyeux par moment...

La ville est divisée en quartiers, que les locaux connaissent et utilisent pour se repérer. J'ai logé dans celui de la Candelaria, mon auberge étant juste à côté de la place Chorro del Quevedo. Il s'agit d'une place situé en plein cœur du centre historique, connue pour la petite fontaine en son centre, censée être la première de Bogotá. Fun fact : cette place est à présent une place de hippie, relativement déserte en journée mis à part pour quelques performances d'artistes, puis blindée de gens assis par terre à fumer (pas du tabac), jouer de la musique, ou juste glandouiller le soir. Counter fun fact : il s'agit du tier-quar touristique le plus chaud de la ville. Par exemple en arrivant, on me débrief sur un plan comme quoi il ne faut pas dépasser telle rue à l'est, et telle rue au sud. "Hé mais la limite à l'est là, c'est pas la rue juste en sortant à droite?" "Si. Va pas plus loin." "Ah..." Premier soir, je sors de l'auberge, le proprio m'appelle : "Oui, alors surtout ne prends pas ton passeport, évite de prendre trop de cash aussi... Le mieux c'est de garder tes cartes à l'auberge et sortir avec juste ce qu'il te faut..." GROSSE AMBIANCE. Mais au final, avec un peu de bon sens (éviter les ruelles sombres et désertes, PAR EXEMPLE?), et probablement un peu de chance, je m'en suis sorti sans accroc. Je dis un peu de chance, puisqu'un couple d'amis rencontrés à l'auberge en a manqué légèrement. Rebecca & David, juste au mauvais endroit au mauvais moment. Un soir en rentrant, au détour d'une rue, un type leur met un coup de pression, lame à la main. Après avoir lâché les quelques pesos qu'ils avaient sous la main, ils sont partis en courant, et le mec a lâché l'affaire. Sympa pour leur dernière nuit en ville! Mais bon, plus de peur que de mal... Au delà de ces aspects peu aguicheurs, le quartier historique est vraiment typique, avec des rues pavées, les vieilles baraques aux façades blanchies contrastant avec des touches de couleurs flashy, des bâtiments historiques, des églises... Ça donne envie de laisser pousser la moustache pour se fondre dans le décor...







Au nord de la Candelaria, on trouve d'abord des quartiers populaires, pour pas dire pauvres, et plus on va au nord, plus on atteint des quartiers aisés, pour pas dire riches. Un quartier très sympa que j'ai pu visiter, Usaquen, est une sorte de petit marché plein air perché sur une butte, qui s'étend sur plusieurs rues autour d'une église et d'une place où il y a régulièrement des animations, concerts et spectacles. Autre visite intéressante, le Montserrate. C'est "juste" une colline/montagne qui surplombe la ville, avec un petit 3125m au dessus du niveau de la mer... Inutile de dire que la vue d'en est plutôt sympathique! Et en bonus, un petit détour dans le quartier festif de la ville, pour une soirée "Gringo Tuesday" dans une boîte plutôt sympathique...






Pour être honnête, j'ai pas spécialement visité à fond la ville, je me suis plutôt laissé porter par le courant pour les quelques jours où je suis resté. Mais j'ai testé deux activités que j'ai vraiment aimé : le Bogotá Bicycle Tour, et le Graffiti Tour.
  • Le premier t'emmène dans des quartiers très différents de la ville, et te permet de voir différents aspects de celle-ci, ce qui est très utile pour prendre ses repères. En plus, on nous emmène dans des endroits vraiment coules, voir complètement insolites : une fabrique de café, où j'ai pu prendre un café colombien avec une tarte au fromage qui va bien (ils sont oufs ils mettent du fromage dans tout, le chocolat, le thé, le café... et en plus le fromage local est franchement pas top...), un marché local, pour goûter des fruits complètement inconnus au bataillon et pourtant tellement bons, le "Trash Museum", où un mec a décidé de dénoncer la société de consommation en n'achetant plus rien, et en vivant uniquement en accumulant des ordures (pour rentrer chez lui il faut passer par des rideaux dégueux, zigzaguer dans des monceaux d'objets récupérés, en se baissant, en faisant gaffe à rien toucher/bousculer... Bref, je suis resté un quart d'heure, j'ai discuté avec lui - il parlait français - mais très vite, le sentiment d'oppression se fait assez présent...), et pour finir en beauté, on teste une partie de Tejo! C'est quoi le tejo? Bah, un peu comme de la pétanque, mais avec des explosifs. VOILA BIENVENUE EN COLOMBIE ON FAIT TOUT PETER VAS-Y!!!! Non en vrai c'est bien marrant, le but est de balancer des palets de fonte sur un plateau d'argile sur lequel on a collé au préalable des petits triangles de papier bourrés de poudre à canon. Et qd on les touche, ça pète, et on est contents!






  • Le Graffiti Tour quant à lui touche vraiment à un aspect culturel très important de Bogotá. De base, le graffiti est un moyen d'expression subversif que la population urbaine a souvent utilisé pour manifester son mécontentement. Et bah disons qu'ici, ils se sont bien fait plaisir de ce côté là... A un tel point que la ville est recouverte de muraux et de fresques créées par des artistes de rue. D'ailleurs, certains ont acquis une notoriété internationale, et en vivent. Par exemple en étant invité par Porsche ou Ferrari pour créer un design unique sur un modèle en série limité... Rien que ça... Bref, pendant ce tour, le guide nous explique énormément de choses sur les œuvres, que ce soit sur le plan technique ou sur le plan symbolique. Au passage, on apprend donc pas mal de chose sur l'histoire récente de la Colombie, et tous les trucs franchement pas très sympas qui se sont passées... Vraiment une belle balade que je recommande chaudement!







En conclusion, Bogotá a été une étape très agréable. J'ai pu commencé à me glisser dans mes bottes de voyageur avec cette entrée en matière assez douce, avec des rencontres très sympathiques, des expériences intéressantes, des découvertes culinaires (la chicha, une bière artisanale à base de maïs dont le visuel est clairement en deçà du goût, le ajiaco, une soupe de patates et de légumes avec du poulet, servi avec du riz, du maïs, des bananes et de l'avocat, les arepas, des galettes de maïs cuites au charbon et accompagnées de ce qu'on veut...)... J'entrevois ce que ce voyage me réserve, et certaines nouvelles questions s'ajoutent à celles que j'avais déjà. Un nouveau mode de vie, en somme. Mais à ce moment là, c'était encore bien trop tôt pour apercevoir des réponses...


Ah, et au fait, on m'a jamais proposé de cocaïne. Pas à moi directement, mais généralement à la personne avec qui je me balade. Je tâcherai de ne pas tirer de conclusions hâtives à partir de ce fait quelque peu vexant.

Next step, Santa Marta & la Ciudad Perdida...